Coupure de presse

Pianiste militante à ses heures

par Anne Drolet in Le Soleil (Québec), 2 septembre 2004 à propos de Espaces libres [3774]

La pianiste Marianne Trudel donnera dimanche un concert au Carrefour mondial de l’accordéon de Montmagny, qui débute aujourd’hui.

Plus qu’une simple interprète, la pianiste Marianne Trudel compose ses propres mélodies. Inspirée par la nature, l’environnement et les changements dans les valeurs sociales, la jeune femme de 27 ans saupoudre ses pièces de ses idéaux militants.

Marianne Trudel n’est pas née dans une famille de musiciens. Pourtant, l’artiste originaire de Saint-Michel de Bellechasse a été exposée à la musique dès sa tendre enfance. C’est sa gardienne qui lui a insufflé sa passion pour la mélodie, alors que la petite n’avait que deux ou trois ans. Cette dame animait des soirées dansantes et s’exerçait au piano devant la jeune Marianne. «J’ai tout de suite associé musique à joie de vivre», relate l’artiste.

Ses parents ont donc décidé de l’inscrire à des cours de piano privés lorsqu’elle avait six ans. Elle commencera le conservatoire six ans plus tard, puis viendra le cégep, l’université. Après avoir décroché son bac en interprétation piano jazz en main, Marianne Trudel décide de partir en Europe en janvier 2002, «un peu sur un coup de tête».

Un premier voyage qui lui permettra de se joindre à l’équipe de Charles Aznavour pour une tournée… au Québec! Marianne Trudel s’esclaffe. Son rire puissant et franc tranche l’air. Quelle ironie du sort, se rappelle-t-elle. La pianiste était tombée en amour avec Paris et n’avait pas l’intention de revenir avant plusieurs mois. Aujourd’hui, par contre, elle désire rester dans la Belle Province.

Militante

Très tôt dans son cheminement, c’est la composition qui l’a intéressée. Sans avoir la prétention de diffuser un message dans ses pièces, son côté militant en dirige l’écriture en partie. «La nature m’inspire beaucoup, mais aussi tout ce qui se passe dans le monde». Elle parle de ses peurs pour l’environnement, de la société de consommation. Elle dit être sortie dans la rue pour faire valoir son opinion sur la culture, le Suroît ou des projets qui menacent ce fleuve qu’elle affectionne tant. «Des fois je me demande ce que ça donne, mais oui, je m’implique». D’ailleurs, un des poèmes publiés dans le livret de son premier disque est à saveur environnementaliste. «Le vent s’essouffle, la forêt meurt, le fleuve rage», récite-t-elle.

Tout ce qui l’habite peut devenir le sujet d’une composition. «Ça part de rien, ça peut être une conversation dans le métro, le regard de quelqu’un pour une autre personne».

Premier disque

Lorsqu’il lui est venu le goût d’enregistrer son premier disque, Marianne Trudel n’a pas attendu la collaboration d’une maison de disques. Elle s’est lancée, tout simplement. «J’ai porté tous les chapeaux», explique-t-elle. Faute d’avoir signé avec un distributeur officiel, Trudel est consciente que son œuvre ne sera peut-être qu’«un truc local, pour l’instant».

Mais peu importe, l’important c’est qu’elle a atteint son but. Elle tient maintenant Espaces libres dans ses mains. Seize pièces originales, dix compositions et six improvisations. Deux cours textes de son cru accompagne aussi l’album. Le premier fait l’éloge du silence «cette denrée rare» dans un monde où les gens sont toujours hyperstimulés, raconte Trudel. Paradoxal pour une musicienne? Il semble que non. «Ça transpire dans l’album, c’est assez aéré. Je n’ai pas voulu surcharger».

Bien qu’aucun de ses écrits n’ait encore été mis en musique, l’auteure envisage la rencontre des deux arts, mais pas tout de suite. Elle a aussi d’autres projets, dont celui de composer de la musique de film, pour des documentaires plus spécifiquement. «Pour faire la jonction entre mes préoccupations et mes occupations», philosophe-t-elle.

Marianne Trudel participera au 16e Carrefour de l’accordéon de Montmagny, qui commence aujourd’hui. Elle jouera en duo avec l’accordéoniste français Didier Ithursary dimanche à 20 h. Adepte de cet instrument depuis son enfance (encore l’influence de la gardienne probablement), Trudel admire beaucoup ce musicien français. Et elle ajoute qu’elle adore le festival. «Il y a du monde de partout, l’ambiance est superbe!». La voilà donc ravie de pouvoir être plus qu’une spectatrice cette année.

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