Press Clipping

Marianne Trudel: zone libre

by Sarah Lévesque in SOCAN, Paroles & Musique (Canada), March 21, 2008 [3561]

Marianne n’a rien de l’image clichée que l’on se fait de la compositrice jazz. Elle est jeune, électrique comme ses cheveux, contemporaine comme son jeu de piano. À peine trente ans, elle compte déjà deux albums qu’elle produit de façon indépendante, sans étiquette de disque. Un premier en piano solo intitulé Espaces libres et un deuxième enregistré principalement au Lion d’Or en mode quintette, Sands of Time. Deux preuves concrètes de la vitalité de la demoiselle qui ne perçoit pas de frontières à la musique. «Je suis avant tout une musicienne et non une pianiste jazz. Avant l’âge de 17 ans, je n’avais jamais touché au jazz. Et je suis allée vers cette musique car j’aimais l’improvisation, son aspect spontané. Point à la ligne. Aujourd’hui, c’est pourtant un mot délicat puisque ça réfère, pour plusieurs, à quelque chose de stiff, issu d’une autre époque, comme s’il s’agissait d’une musique morte. Alors que pour moi, c’est très vivant tout ça.»

Celle qui amadoue le piano à l’âge de cinq ans révèle par son parcours cet esprit tout-terrain qui s’aventure sans peur, ni limite de genre. Comme si chaque expérience lui permettait de révéler une nouvelle partie de son jeu de piano, de ses envies de compositrice. En plus d’avoir étudié la musique jazz à l’Université McGill et l’ethnomusicologie à l’Université de Montréal, elle n’hésite pas à plonger dans la musique argentine auprès de Juan Carlos Cáceres, à entreprendre un séminaire sur la musique d’orchestre symphonique à Los Angeles ou encore d’auditionner comme pianiste pour Charles Aznavour. Agile, elle obtient le mandat d’accompagner le chanteur de La Bohème dans sa tournée québécoise en 2002, une expérience phare où elle prend quelques notes. «Il m’a appris à embrasser la scène. Aussi, je serais incapable de ne faire que de la composition. J’ai un besoin fondamental de la scène.»

Si Marianne Trudel et ses compositions inspirent une vision de la musique unifiée (et non sectorisée), c’est sans doute en raison du vecteur improvisation. À l’amont de toutes compositions n’existe-t-il pas avant tout une improvisation inspirée, épuré, rassemblé? «C’est un peu le débat autour de l’œuf et de la poule (…) Pour moi, mes compositions m’habitent en premier au piano. Je ne compose pas à la table, bien que j’écrive ensuite. Et on dit dans le milieu qu’une composition est une improvisation lente. Selon moi, les deux vont de paires. Je donne parfois des ateliers à des jeunes musiciens qui ne font pas d’improvisation et je trouve ça très important de leur enlever les partitions pour qu’ils réalisent qu’ils ont la musique à l’intérieur d’eux.»

Montréal, une ville jazz?

En matière de jazz, Montréal vit depuis longtemps son propre petit paradoxe. Bien que le Festival International de Jazz de Montréal attire des foules en raison de sa solide réputation, la scène jazz montréalaise peine pourtant à obtenir presse à l’année longue et par conséquent, à fidéliser un public. Aussi, Marianne Trudel s’organise, prépare des tournées canadiennes, européennes. Tisser des liens avec d’autres musiciens est aussi une façon de se créer un réseau, d’animer son art.

(…)

Mais ce serait mal connaître Marianne Trudel que de croire à un quelconque découragement. Tout au contraire, il faut la voir ouvrir grand les yeux, remonter ses manches devant ces nouveaux défis, que ce soit comme interprète ou comme compositrice de jazz, de musique contemporaine ou même de chanson qu’elle amadoue tout dernièrement avec le jeune auteur compositeur interprète Éric Bélanger. La vie n’est-elle pas un beau grand voyage?

Page press@3561 generated by litk 0.600 on Monday, November 20, 2017. Development & maintenance: DIM.